VIVRE A GENEVE EN 1562

Avec la participation et l'accord de la compagnie 1602

HEURS ET MALHEURS
En 1562, lorsqu'éclatèrent en France les guerres de religion, les cantons suisses fournirent des contingents de mercenaire pour les troupes royales et pour celles levées par les Guises (l'armée de la Ligue). Berne et Genève s'accordèrent pour apporter leur aide au seul parti protestant.
Ainsi, un parti de cinquante cavaliers genevois, placés sous les ordres d'un syndic, alla renforcer les rangs de l'armée bernoise mise à disposition du baron des Adrets qui voulait s'emparer de Lyon.
Deux années plus tard, en 1564, après le décès de Calvin survenu le 27 mai, Genève se trouve une nouvelle fois enclavée dans les Etats savoyards, LLEE de Berne ayant rétrocédé au duc de Savoie les bailliages de Gex, de Ternier (autour de Saint-Julien) et celui de Thonon.
Dès lors, la Seigneurie multiplie les démarches pour s'assurer aides et protections. Elle réussira à faire inscrire dans le traité, signé à Soleure en 1579, entre ce canton catholique, Berne et la France, des clauses visant la protection de la République contre d'éventuelles entreprises savoyardes.
Précaution nécessaire, car en 1580 Charles-Emmanuel 1er, monte sur le trône de Savoie. Ce jeune homme âgé de dix-huit ans, est dépeint par les ambassadeurs étrangers comme un prince ambitieux et passionné de guerre. Le nouveau souverain va tout mettre en œuvre pour exécuter le programme que son père lui a transmis en mourant et qu'il n'avait pu accomplir. Soit, entre autres, la conquête de Genève.
En 1582, Charles-Emmanuel 1er, ne va pas tarder à faire preuve de « bonne » volonté filiale. Il rassemble une armée de mille deux cents Italiens et Piémontais qu'il confie à l'un de ses parents, Bernardin de Raconis, avec pour mission de marcher sur Genève.
Ne pouvant disposer des intelligences souhaitées, les traîtres ayant été découverts; Raconis, qualifié de piètre commandant, abandonne la partie sous les pressions exercées par Berne et la France en application du traité de Soleure.
Après cette chaude alerte, la Seigneurie développe une intense activité diplomatique qui aboutira, au début de l'an 1583, par la signature du traité de combourgeoisie entre Genève, Berne et Zurich.
Ayant échoué par la force brutale, le duc de Savoie tente, dès 1585, de faire tomber la République en lui imposant un sévère blocus économique. Une épouvantable disette règne dès lors; le blé va cruellement manquer en ville; les paysans des mandements en sont réduits à manger des herbes; faute d'étudiants étrangers l'Académie est fermée. Il faudra attendre deux longues années pour voir l'étreinte savoyarde quelque peu se relâcher.
Nombre de citoyens pensent alors que la seule issue possible, pour se dégager de l'étau savoyard, est d'attaquer. Au début du mois d'avril 1589, la République décide d'entrer en guerre.
Simon Goulart, pasteur de Saint-Gervais de 1571 à 1628, a laissé un journal de ce temps de guerre.
Journal de ce qui s'est passé en l'an 1589, en la guerre entre Charles-Emmanuel, duc de Savoie et la ville de Genève, assistée des Rois de France Henri III et Henri IV et de la République de Berne.
Par Simon Goulart.
Février
Le 9, fut assemblé le Conseil des Deux Cents de Berne. Après avoir ouï les propositions du sieur de Sancy, ambassadeur du roi Henri III, il conclut et arrête de faire la guerre contre le duc de Savoie et pour cela de faire une armée de trente milles hommes conjointement avec ses alliés; assavoir dix mille Grisons et dix enseignes de Valaisans.
Le 29, le sieur de Guitry étant arrivé en ville; il a été délibéré qu'il serait établi chef des troupes de la ville. Il a été arrêté qu'il serait général de l'armée, toutefois sous la direction du Conseil des députés qui représentent la Seigneurie sans lesquels il ne pourra rien entreprendre d'important hormis quand on sera en action et que le temps manquera pour consulter. Suivant quoi ont été nommés deux députés, savoir Monsieur le syndic de Chapeaurouge et Noble Paul Chevalier.
Nonobstant la première résolution prise à Berne, les Bernois ne mirent en campagne que cinq mille hommes, la ville de Genève fournissant deux mille hommes de pied et deux cents chevaux.
Avril
Le premier mois d'avril, le Petit Conseil décide, après avoir ouï Monsieur de Guitry, général de nos troupes, de commencer la guerre. Il avise de commencer par la prise de la Cluse, puis courir toute la rivière d'Arve et abattre les ponts d'Etrembières, le pont d'Arve et celui de Bonneville, puis aller du côté de Ripaille. Cette résolution a été portée devant le Deux Cents par Monsieur le syndic Varro...
...sur ce il a été délibéré et conclu finalement de faire la guerre...L'heure de la sortie a été fixée à sept heures du soir.
Le même soir sorti une partie de l'armée pour aller saisir Bonne. Les nôtres s'étant méconnus, ils se battirent les uns contre les autres ; deux furent tués.
Ledit jour fut pétardé le château de Monthoux, où les nôtres en tuèrent.
Le 4 avril, le pont de Buringe a été abattu par l'ennemi.
Ledit jour on est allé pour pétarder la Cluse. Mais l'entreprise a failli par faute d'une visse pour poser le pétard. L'ennemi s'en est aperçu et quelques soldats ont reconnus les armes sur un chariot.
Une compagnie est sortie, sans armes, par petits groupes, pour se rendre discrètement à Chancy, où elle doit retrouver ses armes, qui ont été voiturées secrètement et déposées chez le ministre. Transport qui n'a pas échappé à la vigilance de l'ennemi.
Nuitamment la troupe traverse le fleuve, se glisse le long de la berge pour aller pétarder les deux portes du fort. Le second pétard mal posé, faute de visse comme l'écrit Goulart, fait beaucoup de bruits pour rien. L'affaire est manquée, il faut se retirer et vivement.
Les troupes, conduites par Guitry, sont sorties le 7 avril, pour aller assiéger Gex. Emmènent avec elles deux couleuvrines et trois demi-canons.
Les habitants de la localité prévoyant ruine entière si le canon jouait préférèrent se rendre, permettant à une partie de la troupe de Guitry d'y loger. Le lendemain la garnison du château se rend à discrétion.
La seule vue de l'artillerie suffit quelquefois pour obtenir la reddition d'une place.
Le 10 avril. Le château de Gex ayant été pris par les troupes de Genève le Sieur de Sancy a prié Messieurs par lettres de remettre la place aux Seigneurs de Berne...Après longue délibération il a été résolu de l'abandonner aux Bernois.
Au lendemain de la prise de Gex.
...les troupes conduites par le sieur de Guitry sont allées pour se saisir de la Cluse, où on a trouvé une forte résistance. En raison de quoi ledit sieur a envoyé demander deux canons qu'on y fait conduire avec un renfort d'hommes pour attaquer la place et gagner le dessus de la montagne.
Un canon et une couleuvrine sont sortis de la ville. Ces pièces, celles utilisées à Gex, sont mises en batterie en aval de Collonges pour battre le fort. Situé en dessous du fort, l'emplacement de la batterie est inadéquat, il est sous le feu des mousquetaires embusqués dans la montagne au dessus du fort. Leurs tirs blessent, entre autres, Maître Jean de Nantua, artilleur de la Seigneurie, qui est touché à la tête. Le bilan des morts et des blessés est inquiétant.
Comme le souligne Monsieur Spon dans son histoire de Genève : mal placée et mal servie l'artillerie ne fit pas de grands effets.
Le capitaine de Bois se rend maître de Bonne d'où l'ennemi s'est approché. Bois ayant fait incendier la basse Bonne, l'ennemi s'est retiré.
Bonne tombée, les genevois s'emparent du château de Saint-Jeoire qui est au baron d'Hermance.
La première phase du plan adopté par le conseil de guerre est achevée, sauf en ce qui concerne la Cluse.
Le 14 avril, on a reçu l'avis que l'ennemi se soit avancé vers Longeray. Nos gens y ont été chargés par des arquebusiers et cent cinquante chevaux ; quelques uns des nôtres y sont demeurés. On y a envoyé (à la cluse) Monsieur Varro avec le sieur Beaubois pour faire passer l'artillerie de l'autre côté du Rhône et changer l'emplacement de la batterie.
Le Conseil de guerre voulait faire battre le fort depuis la montagne du Vuache. Mais celle-ci étant fermement tenue par le régiment du comte Francesco Martinengo, le déplacement de la batterie ne pourra se faire.
Le 15 avril. Les sieurs Roset, de la Rive de Barillet allèrent au camp devant l'Ecluse où ils eurent quelques paroles avec l'Avoyer de Berne et le colonel d'Erlach au sujet de deux gros canons lesquels on n'avait pas envoyé...
Ce même jour le conseil de guerre tenu par Sancy et les Bernois décide laisser le pas de la Cluse pour « soulager »le pays. En réalité cette décision masque le nouvel échec subit devant la Cluse. Echec imputable à Guitry, médiocre général, un peu léger, présomptueux qui ne connaissait nullement le pays.
Goulart passe sous silence l'expédition lancée avec succès, dès le 16 avril, contre les châteaux de Thonon, de Ballaison, d'Yvoire et la tour de la Fléchère au village de Concise (proche de Thonon).
Pour éviter l'incommodité des chemins, l'artillerie de Genève a été embarquée, mais les vents contraires retarderont son arrivée de trois jours.
Le 28 avril, on commence à battre Ripaille. Place solidement remparée, défendue par une garnison de cinq cents hommes, son port abrite deux puissantes galères et plusieurs autres barques.
Une importante armée savoyarde, deux milliers de fantassins et quelques centaines de cavaliers, accoure au secours de Ripaille, elle bouscule le faible rideau des cavaliers genevois qui doivent se retirer derrière la barricade de bois qui forme l'enceinte de Thonon. Les Suisses se ressaisissent et avec l'aide « d'une pluie étrange et des tonnerres merveilleux » repoussent les Savoyards. Voyant le secours s'éloigner, la garnison se rend à composition. La place est démantelée et brûlée, les fameuses galères et le reste de la flotte sont détruits.
A noter que seule l'artillerie genevoise fut engagée, celle de Berne n'étant jamais arrivée.
Mai
Le 10, a été mis en délibération si on garderait le château de Marcossey pris sur l'ennemi, ou si on le ruinerait. Est arrêté qu'on le brûle plutôt que de la garder avec grand peine et frais, tant de vivres que de munitions.
Le 14 mai. Sancy grâce à ses talents de comédien et son manque total de sincérité profite du peu d'enthousiasme pour la guerre savoyarde des capitaines suisses et de leur irrésolution quant à la suite des opérations, pour les décider à partir.
L'armée déloge, passe par Genève, tire vers Neuchâtel pour entrer en Franche-Comté. Elle emmène avec elle « le canon » que la République avait prêté à Sancy : douze pièces de campagne et trois couleuvrines. Sur l'offre de Sancy de laisser en échange à la Seigneurie une quantité de métal plus considérable que celle dont étaient composées les pièces et vu que l'on pourrait en faire des plus grosses et des plus propres à la défense de la place, l'offre fut acceptée.
Ce départ permet au duc de Savoie de lancer le baron d'Hermance à la reconquête des territoires occupés. Boëge, Saint-Jeoire et Marcossey sont évacués ainsi que quelques places de peu d'importance. Seules les places de Bonne et de Monthoux restent en mains genevoises. L'armée ducale s'approchera de la ville, venant jusqu'au fort construit près du pont sur l'Arve.
Le 26, l'ennemi se présente devant le Fort d'Arve avec cavalerie et infanterie, mais il est repoussé. Ils se présentèrent aussi devant le Château de Ternier.
Le 29, dénombrement a été fait des soldats qui sont dehors dans les garnisons : huit cent septante hommes sous treize capitaines de la ville.
Juin
Premier juin.
Le château de Ternier ayant été battu d'environ cent trente neuf coups de canons, les soldats se sont finalement rendus par composition ; assavoir que le Duc promettait leur faire bonne guerre et leur sauver la vie. Ce qui n'a été tenu, mais on en a fait pendre plus de quarante nonobstant les remontrances que les capitaines faisaient au Duc.
Charles-Emmanuel se présenta devant Ternier avec deux gros canons et quatre pièces de campagne. Le combat fut suivi depuis la ville dont les habitants comptèrent les coups de canon tirés.
Le caporal Bionne a envoyé dire que Bonne ne tiendra pas mieux que Ternier si on les assiège, le capitaine Boes commençant à quitter la place.
On dit que l'armée du Duc est de dix mille hommes de pied et deux mille chevaux.
On met en délibération d'abattre le Fort d'Arve d'autant qu'il est imparfait et nuisible, non tenable contre l'artillerie, qu'il est à craindre que nos gens n'y demeurent tous quand même ils tueront nombre d'ennemi le pont étant abattu.
3 juin.
L'ennemi a paru en la plaine du plan des Voates. Les nôtres ont fait une sortie contre eux, ils ont longuement escarmouchés deçà la plaine jusqu'à Pesay et Pinchat, et vers la plaine delà l'Arve et du fort. A été braquée et lâchée l'artillerie du haut de Champel qui a fait bon effet. Et les nôtres ayant longuement et vaillamment combattu le champ de bataille leur est demeuré, y a été tué le comte de Sallenove, grand maréchal de l'armée du Duc.
Goulart se trompe. Le canon n'a pas été utilisé lors de la bataille de Plan les Ouates ; il le sera le 24, lors des combats de Pinchat.
Le vrai motif de cette bataille, était de créer une diversion pour permettre au duc, accompagné par Antonio de Olivera, d'aller inspecter l'emplacement de l'éventuel fort que le duc souhaitait construire sur la colline du Bois de la Bâtie. Fort qui selon Olivera, aurait permis de battre les maisons de Genève une à une, et lui ôter une partie de ses moulins.
8 juin.
Le Sieur Aubert commandant en Bonne rapporte que les soldats du capitaine Boes s'en vont ne pouvant s'accommoder avec ceux du capitaine Hamer. On tient la place tenable contre un siège et le canon.
10 juin
L'ennemi est entré en la terre de Gex par le pont de Chancy...
24 juin.
Etant sortis, quelques uns des nôtres, assavoir la compagnie du capitaine Lance, ils découvrirent et attaquer l'ennemi jusqu'à Saconnex Vandel où ils mirent le feu à quelques maisons, et de là, l'ayant chassé, jusqu'au Plan des Voates...
Et ayant été le derechef chargés par quelques cornettes de cavalerie et lanciers de l'ennemi qui approchèrent de près et dessous Pinchat pour enceindre les nôtres ; ils les repoussèrent aussi et en tuèrent plusieurs.
Lors de cette journée les Savoyards tentent de faire tomber les Genevois dans un piège dans l'espoir de ruiner leur armée. Le comte de Vinciguerra doit attirer les Genevois hors du fort d'Arve, tandis que Sonnaz, avec la cavalerie exécuterait un mouvement tournant entre l'Arve et les Genevois. Cette chausse trappe faillit jouer. Les compagnies genevoises sorties du fort d'Arve ne rencontrant que peu de résistance refoulent les hommes de Vinciguerra jusqu'à Plan les Ouates.
Forts de leur victoire les hommes des compagnies de la ville se retirent au petit pas pour aller se rafraîchir. Elles sont encore loin du fort, lorsque les artilleurs postés sur la hauteur de Champel, où l'on avait mis quelques pièces en batterie, découvrirent une compagnie de cavalerie savoyarde qui marchait en rangs serrés dans un sentier étroit de Pinchat. La batterie tira dessus deux volées. Abandonnant leur rafraîchissement les troupes genevoises courent sus à l'ennemi qui s'était ferrés dans une espèce de cul-de-sac. Elles chargèrent si vertement, qu'elles renversèrent par terre nombre de ces cavaliers.
Le reste de ce mois se passa en différentes rencontres près de fort d'Arve et Bonne.
Juillet
Arrive le temps des moissons.
Le 9 juillet.
Le comte Martinengo escorte avec mille cinq cent fantassins et une bonne partie de la cavalerie savoisienne, une troupe de moissonneurs de cinquante chariots qui viennent récolter les blés du bailliage de Ternier. Leur arrivée ne passe pas inaperçue, les troupes sortent pour se porter au devant de l'ennemi. Toute la journée elles sont harcelées par des parties de troupes savoyardes embusqués dans le bois de la Bâtie, à Lancy et à Pesay, qui empêchent toute progression.
Une pièce mise en batterie sur la hauteur de Saint-Jean joua avec succès contre les ennemis embusqués dans le bois de la Bâtie ; celle installée sur les bords de l'Arve avec celles placées sur les hautes de Champel, firent également beaucoup d'effet sur l'ennemi. Enfin l'artillerie du fort d'Arve incommodait fort l'ennemi, le tenant écarté, permettant aux troupes de la Seigneurie de rentrer.
En cette occasion, comme lors des combats du 24 juin, le Conseil de guerre s'est montré bien avisé en faisant sortir l'artillerie et fort habile en la mettant en batterie en des emplacements d'où elle pouvait grandement nuire à l'ennemi. La quasi-totalité des hommes d'armes, tant de cheval que de pied, étant engagés dans les combats, les pièces sont sorties sans protection, seuls les obstacles naturels difficilement franchissables, constitués par le Rhône et l'Arve, les séparaient de l'ennemi.
Trois jours plus tard, avant le jour, l'infanterie ennemie vient se mettre en embuscade en divers endroits en dessous et au dessus de Pinchat et dans les haies des prairies des environs.
Il est découvert par l'un des capitaines de garde au fort d'Arve, qui fait sortir ses soixante soldats et quelques lansquenets de la garnison pour les ranger en bataille. Deux compagnies sorties de la ville viennent en renfort. Les genevois font front et résistent à la charge furieuse que leur donnent la cavalerie et l'infanterie savoyarde.
Sur les deux heures de l'après-midi, le duc après avoir logé toutes ses troupes sur la hauteur de Pinchat, s'y rend en personne avec sa garde, composée de huit cent espagnols, et sa cavalerie milanaise. Troupe qui ne passe pas inaperçue, car fort leste et vêtue de rouge.
L'alarme est donnée, les Genevois font sortir tout le secours dont ils disposent. Quatre vingt cavaliers sortent du fort d'Arve sous les ordres du capitaine Bois, ils longent l'Arve, enveloppent l'infanterie ennemi qu'ils taillent en pièces. Puis s'en vont au bas du coteau de Pinchat pour sommer les Milanais de descendre et combattre. Ces derniers font avancer les piquiers, les placent devant, piques croisées, pour empêcher les charges genevoises tandis qu'une grêle de balles de mousquet s'abat sur les assaillants.
Ce choc, plus furieux qu'aucun des précédents, dura de deux à quatre heures. Sur la fin de l'action, les Savoyards mettent deux fauconneaux en batterie ; ils ne firent pas grands effets. Au contraire des deux petites pièces de campagne (calibre inconnu) que les Genevois firent amener jusqu'au dernier retranchement du fort (d'Arve). Quelques coups bien ajustés obligent les troupes ennemies à tourner bride et rompre le combat ; elles se retirent vers le village de Saconnex au-delà de l'Arve.
26 juillet.
L'armée des Bernois étant entrée dans le Faucigny avec la nôtre il y a eu bataille contre l'ennemi à Peillonnex, où est demeuré nombre des ennemis gens de marque. Poursuivi jusqu'à Saint-Jeoire, dont on abattit le château à coup de canon, le baron d'Hermance attend du secours pour se rendre maître de pont de Boringe.
Le baron d'Hermance avait fait élever un fort de murailles (pierres) sèches sur le mont des Châtels, entre la montagne du Môle et celle de Viuz. Il y avait logée une forte garnison dotée de quatre pièces de campagne. Cette batterie placée sur les hauteurs, verra ses coups filés par-dessus la tête des combattants qui s'affrontent sur les contreforts.
Monsieur Roset a apporté quelques paroles avec le Sieur Bonstetten. Concernant le traité avec le Duc pour la paix, et des reproches de ce qui auparavant a été fait au préjudice de l'Etat de Genève. Sur quoi, après en avoir délibéré le Conseil arrête de députer ledit Sieur Roset à Berne, avec charge d'y faire assembler le Deux Cents et les prier de ne rien faire que nous ne soyons compris.
Peine perdue. Une trêve est conclue entre Bernois et Savoyards.
Août
6 août.
Ont été reçues nouvelles de la mort du Roy Henry 3è, et lettres du Roy de Navarre par lesquelles il assure Messieurs de son affection, et les prie d'avoir patiente pour le payement de ce qu'il leur est dû.
16 août.
Ledit jour est averti du délogement de l'armée de Berne. On prie les généraux de ne pas nous abandonner, et passer outre, et en tout cas assurer le pont de Boringe de peur que l'ennemi n'entre en la terre de Chablais et ne s'y fortifie. Les généraux s'excusent, ils disent ne pouvoir retenir leurs paysans (soldats) ni pour de l'or ni pour de l'argent, que lesdits refusent de faire la guerre au Duc et que la maladie est en leur camp.
Monsieur de Bèze est derechef appelé sur telles difficultés. Il console Messieurs et les rassure sur la providence et faveur divine par les exemples du passé : leur conseille de recouvrir au Roi nouvellement reçu (Henri IV) et à l'aide de Zurich. On ne prend pas d'autre résolution, sinon de se recommander à Dieu, d'écrire au Roi et aux alliés.
21 août.
Bonne est sommée de se rendre, puis investie par l'ennemi.
On envoie demander du secours aux Bernois. Ils répondent que leurs soldats se débandent, prient d'être excusés. Des compagnies de la ville, tant de pied que de cheval, s'acheminent pour le secours...
24 août.
Aux environs de deux heures Bonne fut rendue par composition à l'ennemi ; assavoir qu'ils sortiraient la vie et bagues sauves, les capitaines à cheval avec leurs armes et les soldats avec l'épée au nombre de trois cent septante. Mais comme ils voulaient sortir, on les désarma et en tua tellement qu'il en est fort peu qui se sont échappés. Le Sieur Aubert y est demeuré.
Plus de deux cents coups de canons avaient été tirés sur Bonne pour obtenir sa reddition. Sitôt la garnison sortie, les vainqueurs investissent la ville qu'ils saccagent et pillent ; avisant une maison de belle apparence les assaillants se précipitent à la cave pour se désaltérer. La mèche allumée qui les guide met le feu au dépôt de poudre de la ville déposé en cette demeure. Une formidable explosion s'en suit, tuant cinquante soldats ducaux et non des moindres, en blessant un grand nombre. Furieux les Savoyards crient à la trahison, ils accusent les Genevois d'avoir préparé une mine avant de se rendre. Leur vengeance est terrible ; la garnison est taillée en pièce par la cavalerie savoisienne.
Le lendemain passa (dans la ville) les trente neuf enseignes de Berne venant du Faucigny. On envoie le Sieur de la Violette à l'ambassadeur à Soleure. Il fait entendre qu'il est mieux que nous soyons secourus d'argent que d'hommes...
C'est sous les huées que l'armée bernoise traverse la ville.
Bonne tombée, l'armée bernoise partie, le duc reprend facilement possession du Faucigny et du Chablais ; il verra un miracle dans sa prise de Thonon, dont la garnison bernoise s'est enfuie en Valais.
Reste à découvrir la terre de Gex. Pour ce faire il faut franchir le Rhône ; or le pont de Chancy étant rompu, le point de franchissement le plus proche se situe derrière le Vuache, à Grésin.
Septembre
2 septembre.
Le duc envoie une troupe de cavaliers battre l'estrade (en reconnaissance). Elle passe le Rhône à Grésin, remonte le long du Rhône jusqu'au fort de la Cluse et poursuit par le pied du Jura jusqu'à Farges. De là, la cavalerie savoisienne profite de la pente pour fondre sur la troupe, renforcée quelques Genevois, laissée par les Bernois pour surveiller la garnison de la Cluse. Les Bernois qui ont eu peu d'appétence au combat, laissent les Genevois du capitaine Guynet soutenir seuls le choc.
Pendant ce temps, Bernois et Savoyards négocient, sans ceux de Genève, la reddition du pays de Gex. Pour se placer en position de force lors des négociations, le duc envoie une armée par le chemin suivi par sa cavalerie quelques jours auparavant. Le 12 septembre, l'armée ducale se présente devant Collonges, face à l'armée de Berne et de Genève. Pendant que Bernois et Savoyards se livrent à un simulacre de combat, le gros des savoisiens charge vigoureusement la petite troupe de République qui subit de lourdes pertes.
La terre de Gex est perdue pour Genève.
La soldatesque ducale s'y livre à d'épouvantables exactions qui resteront longtemps gravées dans la mémoire collective. Pour échapper aux massacreurs, les survivants genevois doivent quitter leur accoutrement « à la française » pour se vêtir « à la Suisse ».
Bernois et Savoyards se rencontrent dès la fin septembre à Nyon pour rédiger deux traités : l'un de paix et l'autre d'alliance. Traités qui furent paraphés le 1er octobre 1589. Le traité de Nyon souleva un tollé général contre le gouvernement bernois, qui est comparé à Juda devant le Christ. Genève retrouvait quelque crédit en toute occasion. Finalement, bien que paraphé, ce traité ne sera pas ratifié.
A l'entrée de l'hiver, la guerre continue sans les Bernois. Genève dispose alors de quatre compagnies de cavalerie, deux de gendarmes (cavaliers en demi-armure), deux d'argoulets (arquebusiers à cheval) et des hommes de la milice bourgeoise. Près de cinquante pièces de tout calibres constituent son parc d'artillerie.
Octobre
Le 18, quarante cavaliers sont sortis et trois compagnies de gens de pied sortent « à la barbe du duc qui est encore à Gex » pour aller surprendre le château de Veigy en Chablais. Deux coups de canon suffisent pour amener la garnison à capituler. Les Genevois rentrent avec un joli butin et une quarantaine de prisonniers, parmi lesquelles deux dames de Bellerive, sœur et nièce de Monsieur de Bellegarde, important seigneur savoyard.
Sur le lac, la flotte genevoise ne reste pas inactive. Elle escorte les barques chargées de marchandises ; se livre à la course contre les bateaux de commerces savoyards. Continuellement Genève reçoit des secours par le lac, ce malgré les canons du fort de Versoix, que Charles-Emmanuel appelait les « clefs de Genève ».
Novembre
La prise de Versoix devenait nécessaire ; les pièces, de longue portée, du fort gênant fortement la navigation. Pour préparer cet assaut, deux compagnies de la ville sont envoyées le 1er novembre à Chansy pour ruiner le pont. Deux sorties sont nécessaires pour démolir cet ouvrage, afin d'allonger la route des secours qui seraient dépêchés à ceux de Versoix.
Le samedi 8 novembre, aux environs de quatre heures du matin, le Sieur de Lurbigny étant sorti de Genève avec sa cavalerie et l'infanterie fit faire une halte au moulin appelé le..... Ayant donné quartier à chaque capitaines, auxquels il bailla aux nombres de gens d'armes et cuirassiers, il les fit avancer par-dessus de Versoix du côté de Coppet. Une quinzaine seulement conduits par le capitaine Chodet et un guide Jacquillon Peschet passèrent le long du lac et entrèrent en une ruelle barrique (barricadée) seulement par un gros chêne abattu...la sentinelle bailla l'alarme à ceux de dedans. Ledit guide encouragea à le suivre hardiment et assomma deux ennemis (ce qui servit à étonner les autres), les cuirassiers avec un merveilleux courage se jetèrent sur tous ceux du corps de garde. Et ayant combattu un quart d'heure...les mirent au fil de l'épée.
Au même instant, après ledit combat d'un quart d'heure...fut faite l'ouverture de la porte du côté de Coppet avec le pétard (celle de Genève étant murée) et entrèrent les soldats de pied à terre...Et fut le reste des soldats ennemis par eux défaits jusqu'au nombre d'environ deux cent septante, après s'être vaillamment défendus...Or pendant le furieux combat plusieurs se retirèrent sur la plate forme et vers la tour ; avec ceux qui étaient déjà dedans ils firent soudain une bonne barricade. Il advint aussi que des forçats de l'ennemi étant reconnus furent sauvés et déchaînés. Ils aidèrent à braquer deux pièces de campagne trouvées dans le premier fort pour tirer contre ceux de la plate forme, qui pour leur part tirèrent plusieurs coups d'autres plus grosses pièces qu'ils avaient...
...ils persistèrent à se défendre jusqu'au dimanche ; aux environs de trois heures de l'après midi ils demandèrent à parlementer. Ce qui fut accordé moyennant deux otages. Et après leur fut promis la vie et bagues sauves, toutefois après avoir tiré quatre coups des pièces envoyées de Genève pour les battre et qu'eux aient tirés quatre coups de leurs pièces...
...Le matin ils sortirent tambour sonnant et mèches allumées avec deux drapeaux ployés...Le baron de la Sarraz (gouverneur de Versoix) avant de partir, de grand regret baisa les quatre pièces de canon qu'il laissait en ladite place avec toute la munition.
Le fort fut rasé et la plupart des maisons brûlées. En sus des canons, une quantité de munition et de farines furent portés en Ville. Ce fait d'armes, à mettre en compte des seuls genevois, eut un grand retentissement dans les Cantons Villes protestants de Suisse ; il démontrait que, malgré le manque de soutien, Genève n'était pas perdue.
Décembre
Les Savoyards attaquent jour et nuit le fort d'Arve. On leur tire dessus force canonnades et mousquetades qui en tuent et blessent quelques-uns.
Les châteaux du Bois et de Savigny sont pris et pillés.
Le Sieur de Savigny prisonnier avec le Sieur de la Palud compose à six milles écus.
On va surprendre Thonon de nuit mais on est découvert.
Journal de la guerre faite autour de Genève, l'an 1590.
Par Simon Goulart.
Janvier
Dès le premier jour de la guerre reprend.
La cavalerie genevoise se porte au secours des paysans, qui sortis avec leurs chariots pour aller quérir du blé et du fourrage vers Jussy, ont été emmenés prisonniers par la troupe du baron d'Hermance et quelques nobles savoisiens.
Les genevois chargent les ennemis qui perdent environ cinquante hommes, tant de cheval que de pied, lors de cette rencontre. Leur défaite aurait pu être totale si les différents corps genevois n'avaient pas chargés chacun pour soi! Entre huit et neuf heures du soir, les Genevois sont de retour avec les paysans et les chariots, emmenant nombre de chevaux.
Tôt après sortir par Cornavin d'autres troupes avec six échelles pour surprendre le château de la Bâtie, où ils arrivent en pleine nuit. Mais les échelles se trouvèrent être trop courtes et furent brisées à coup de gros cailloux par ceux du dedans...ils furent contraints de se retirer sans rien faire.
Samedi 3.
Dès le matin l'alarme est donnée, les ennemis sont apparus du côté du fort d'Arve ; la cavalerie et les fantassins leur courent sus et les suivent jusqu'au fort de Sonvi. L'artillerie du fort repousse les nôtres.
Du côté de la porte de Cornavin, deux ou trois cavaliers et une vingtaine de piétons sortent vigoureusement pour repousser un fort parti de lanciers, d'argoulets et de piétons venus de Gex.
...Ce jour au soir, vers les sept à huit heures, il y a eu une fausse alarme. Le sonneur de Saint-Gervais pour avoir donné l'effroi sans raison, a été constitué prisonnier pour douze heures.
Jeudi 8.
Le Sieur de Lubrigny, suivi d'environ quarante à cinquante chevaux, est allé reconnaître le château de la Bâtie. Il s'en est approché à la faveur de quelques arbres ; ceux du dedans ont tirés forces mousquetades et arquebusades.
Dimanche 11.
Sur les dix heures du soir, la cavalerie, avec quatre compagnies de gens de pied et les forçats traînant deux pièces de Versoix, deux courtauds et deux mois (pièces portant le nom d'un mois de l'année) avec l'équipage, est sortie par Cornavin pour aller contre la Bâtie.
Il est onze heures quand tout est dehors.
Lundi 12.
Dès les deux heures du matin, au clair de lune, les nôtres sont arrivés près de la Bâtie et ont commencé à faire des approches. Les deux courtauds sont placés dans la grange et les deux canons ailleurs. La batterie a commencé sur les quatre heures, elle a continué, mais lentement, jusqu'à midi. Environ soixante-sept coups ont été tirés. Ceux de dedans ont répondu avec force mousquetades ; ils ont blessé trois forçats et tué un soldat.
Le château, construit en briques, résiste bien aux coups de l'artillerie. Mais la canonnade ouvre finalement un commencement de brèche, qui emmène les assiégés à demander la capitulation.
Mardi 13.
...Tous ces jours on a charrié une merveilleuse quantité de fourrage et de vivres dedans la ville et se rendit à l'évidence que la prise de la Bâtie était très nécessaire.
Samedi 17.
Le marché paraît autrement que de coutume à cause du passage ouvert du côté de Cornavin. Les fourrages entrent en abondance et les paysans reviennent avec quelques denrées...
...Sur les sept heures du soir sortirent par Cornavin environ soixante hommes du bailliage de Gex, bien décidés d'aller aux Faucilles pour y combattre la garnison et saisir le passage...
...le gros ne partit à onze heures du soir, les gens de pied étant restés sur le carreau pendant près de cinq heures. La poltronnerie des charretons fit que seul deux courtauds et deux pièces de campagne sortent et ce seulement après minuit...
Dimanche 18.
Entre sept et huit heures, les deux grosses pièces de Savoie, avec renfort de poudres, d'échelles et de vivres, ont été menées... Elles ont été accompagnées par les argoulets de Baudichon et de la compagnie de Bossey.
Ceux qui étaient sortis le samedi à sept heures (les quelques soixante hommes du bailliage de Gex) gagnèrent le haut de la montagne ; ils n'y trouvèrent point de corps de garde...ils se placent en la maison et disposent des sentinelles.
Sur le matin le capitaine La Ramée trouve par adresse le moyen d'entrer dans la ville de Gex avant que le pétard joue à la porte, il tue environ quarante ennemis qui n'étaient pas sur leur garde. Une cinquantaine d'autres pensent se sauver par les Faucilles où ils sont taillés en pièces.
Le château est investi et la place de la batterie recherchée et marquée. On ne tire point ce jour-là, les deux grosses pièces étant arrivées bien tard. Les assiégés sont au nombre de deux cents environs. Leur capitaine, Ambroise, maître de camp du duc en deçà des monts, et quelques autres mieux résolus que leurs soldats qui perdirent bientôt courage.
Lundi 19.
La batterie n'effectuant pas rien de bon, on l'a remuée et accommodée à couvert de la porte de la cour du château. Plus de quatre-vingt coups ont été tirés ce jour-là.
Les assièges se remparent et soutiennent (résistent), sans toutefois faire de sorties. Ils tirent forces coups de mousquets et d'arquebuses à croc, en blessant et tuant quelques uns.
Au soir un homme qui sait un endroit propre pour les mines, on y porte des artifices de poudre, nommés saucisses, qui servent à rompre les murailles.
Les nôtres souffrent de disette de vivres.
On dit que les assiégés ayant demandé composition, le Sieur de Lurbigny n'a pas voulu les recevoir. Ils attendent du secours d'au-delà la Cluse.
Depuis le début du mois, il ne se passe pas de jours sans que l'on annonce la venue d'une armée savoyarde.
La garnison de Bonne a reçu cinq cents arquebusiers en renfort ; mais les patrouilles genevoises qui journellement battent l'estrade ne découvrent aucune troupe.
Mardi 20.
La sape préparée contre l'une des tours a joué sans beaucoup nuire aux assiégés.
Dès le matin la batterie recommence et durant tout le jour ; les quatre grosses pièces et celles de campagne tirent plus de cent coups...
...Quelques brèches ayant été faites ; les assiégés, voyant que les secours ne venaient pas, demandèrent à parlementer...
Les soldats sortirent portant seulement l'épée et la dague, ils étaient environ cent quarante qui se retirèrent par les Faucilles escortés par les argoulets de Des Bordes...
Quant au capitaine Ambroise, avec dix ou douze de ses principaux, le Sieur de Lurbigny, leur accorda gracieusement de partir avec leurs chevaux et leurs bagues.
Ce lundi et ce mardi, le temps fut tout à la pluie et à la neige fondue, ce qui servit grandement aux nôtres et retarda le secours de l'ennemi.
Mercredi 21.
Ayant pourvu le château, où le capitaine Béral fut laissé avec sa compagnie, nos troupes se retirent à la file avec peu d'ordre.
On ne ramena que les deux grosses pièces et ce avec grand peine.
Samedi 24.
On continue de saper le château de la Bâtie afin de le réduire en un monceau de pierres. Ce jour, les paysans du bailliage de Gex viennent sûrement en ville ; ils amènent du bois et quelques rares vivres, vu le pauvre état dans lequel il se trouve maintenant.
Au soir, les compagnies de Jacques et Boisjoli partent avec deux courtauds pour aller investir et battre Monthoux.
Dimanche 25.
A trois heures du matin, un pétard appliqué contre une porte joua, mais sans effets la porte étant terrassée.
Dès le matin la batterie est installée, mais les pièces sont trop faibles pour les épaisses murailles. Sur les deux heures, après vingt-deux ou vingt-trois coups, la batterie s'arrête, l'une des pièces étant démontée. Les compagnies et la cavalerie rentrent sans avoir rien fait.
Février
Le premier, on retourne à Monthoux, qui selon certains paysans aurait été délaissé, comme abandonné.
Sans trop se fier à ces dires, les compagnies s'y acheminent sans canon, elles se retirent sans avoir pu attirer le baron d'Hermance.
Mardi 3.
Toutes les troupes s'acheminent au bailliage de Gex pour essayer de faire un autre fort pour battre celui de la Cluse et investir l'ennemi en gagnant le fort de Vuache, en ruinant les ponts de Grésin et des Oules et en se saisissant de la combe de Cheiseri.
L'entreprise n'est guère favorisée. Le bateau transporté pour passer le Rhône se rompt tandis qu'on le décharge, il était vieux et vermoulu. Ceux qui ont gravi la montagne, entendent quelques arquebusades en s'approchant de Cheiseri ; pensant être découverts, ils s'en retournent. Les forçats trouvent la terre si gelée qu'ils n'arrivent pas à la creuser pour mettre en place les gabions et commencer la tranchée.
Les vivres manquant et ne trouvant pas à se loger, les troupes se retirent.
Le temps se met aussitôt à la neige pour tout le mois.
Ce temps, incommode et fâcheux, fait qu'il est impossible de subsister plus de trois jours en campagne.
Mercredi 4.
Le Conseil des Deux Cents ayant résolu de démolir le château de Gex, les travaux commencent sous les yeux de l'avoyer de Melunes qui l'avait construit, il y a environ trente ans.
A Berne, cette décision fâche les uns et réjouit fort les autres.
Le mauvais temps perdure. Le reste du mois se passe en patrouilles qui sortent à la recherche d'un ennemi dont on annonce régulièrement la venue.
Une incursion de l'ennemi à Russin est la cause d'une grande alarme. L'ennemi repart avec quelques prisonniers et du bétail.
Entre dix-huit et vingt espions genevois sont pendus des deux côtés des monts.
Mars
La guerre continue, mais ce n'est que vers la fin du mois qu'artilleurs et ingénieux reprendront du service.
Plusieurs capitaines et soldats se débandent ; les premiers fâchés de ne pas recevoir de quoi solder leurs hommes, les seconds de ne pas piller pour leur compte.
Les exactions continuent dans la terre de Gex comme le relève le chroniqueur :
Mercredi 11.
Les ennemis venus d'au-delà de la Cluse continuent leurs courses au bailliage de Gex jusqu'à Thoiry. Ils emportent tout ce qu'ils peuvent et violents les filles, sans épargner les vieilles de soixante ans et plus.
Jeudi 19.
Sur le soir, trompettes et tambours ont sonné. Vers huit heures deux compagnies sortent pour aller à Boringe, la cavalerie va à la Roche.
Vendredi 21.
Un peu avant le jour, le pétard enfonce une méchante porte de la Roche. Les nôtres y entrent sans rencontrer de résistance, tuent une dizaine de soldats qui n'ont pu se sauver. Il n'y a pas de garnison, le lieu et mis à sac et l'on rentre avec le butin...
Ceux de Boringe, éveillés par le pétard de la Roche, ne se laissent pas surprendre. Nos piétons rentrent la bourse vide et les épaules déchargées, ayant perdu leur temps et fort marris de ne s'être trouvé avec les gens de cheval.
Bien qu'il y ait de l'ennemi en divers endroit, qui n'ose attaquer, tous sont rentrés sans perte.
Dimanche 29.
Un prisonnier évadé du fort de Sonvi- c'est Marin Vuacher, Chappuis- rapporte que les trente pièces d'artillerie y sont toujours et que les remparts sont plus hauts que ceux du fort d'Arve ; que la garnison est de pendards ramassés et de peu de fait.
Quatre pièces sont sorties sur le soir pour aller battre Monthoux.
Lundi 30.
Au matin, les gens de pied se présentent devant Monthoux et commencent les travaux d'approches sous les lazzis des défenseurs.
Vers onze heures, ils chantent plus bas, étant pris à partie par nos mousquetaires bien à l'abri derrière les levées de gabions. Après midi, les canons commencent à jouer et tirent environ soixante coups en deux heures. Un coup tiré par le canon de Versoix ouvre une brèche par laquelle les nôtres entrent en force. Ils taillent en pièce et font sauter trente sept hommes, un seul demeure prisonnier.
Pour munition, l'on ne trouve qu'une fournée de pain et un char de vin.
Les troupes rentrent le soir en laissant la compagnie de Jacques sur place pour y attendre les maçons ; quelques soldats sont encore laissés à Chêne pour garder l'artillerie.
Mardi 31.
Estimant que nos troupes sont encore devant Montholon, ceux du fort de Sonvi veulent s'emparer, sur les unes heure après minuit, du fort d'Arve qu'ils pensent trouver dégarni.
Mettant à profit l'ombre de la nuit, ils ont rempli les fossés et s'apprêtent à pétarder la porte lorsqu'une sentinelle les découvre.
Le capitaine Mesnil fait aussitôt sonner la cloche et tirer sur les assaillants qui se retirent non sans lâcher leur salve qui passe par-dessus les têtes. A la faveur de l'éclairage des flambeaux, trois troupes de cavaliers sont aperçues à proximité du fort, l'une est saluée par un coup de canon qui a porté.
Vers les trois heures, des ennemis sont à nouveau découverts dans le fossé, ils sont vivement repoussés et l'on pense qu'ils venaient chercher leurs morts.
En ville l'alarme a été chaude ; la grosse cloche et une autre à Saint-Pierre, plus celles de Saint-Gervais ont sonné. Pourtant, il en est qui n'ont rien entendu, étant dans leur premier sommeil, bercés par la joie de la prise de Monthoux.
Avril
Vendredi 3.
Le temps s'est mis à la pluie, pour le plus grand bien de la terre, mais malpropre pour les actions de guerre.
Les troupes restent cantonnées, à l'exception des argoulets de Pelissari qui ont fait une course hardie vers Cheiseri, d'où ils ont enlevés trois cent têtes de bétail dont on a tiré plus de mille deux cent écus.
Jeudi 16.
Sur les sept heures les argoulets de Pelissari se sont acheminés vers Pierre. Ils sont suivis des compagnies d'infanterie qui part vers midi de la cavalerie vers deux heures et, à huit heures, par quatre pièces d'artillerie, deux savoyardes et deux de campagne.
Samedi 18.
Le canon étant approché du château de Pierre, d'Arsenne se rend par composition et s'en va avec trente soldats par Mijoux, vies, armes et bagues sauves. La composition portait, pour sa décharge, que trois volées de canons seraient tirées, ce qui fut fait.
Ce même jour, on mena les pièces au-delà de Collonges pour battre le fort de Sainte-Vectière. Force paysanne est trouvée pour accommoder les gabions et les tranchées. Cette batterie est faite pour écarter l'ennemi, afin que l'on puisse endommager la Cluse de dessus la montagne.
Dimanche 19, jour de Pâques.
La Saint Cène est célébrée en toute tranquillité. L'on a ouïe tout le matin force coups de canon vers Collonges.
La batterie contre le nouveau fort de la Cluse continue. Il est tout renversé ; le ravelin est gagné par les nôtres qui ont plusieurs blessés par les tirs du fort, et par les tirs de ceux du Vuache, qui ont pris position au dessus de Sainte-Vectière.
Lundi 20.
L'effort contre la Cluse redouble ; l'on sape, pétarde et enfume les défenseurs à l'aide de feux artificiels pour les forcer à sortir. Ceux-ci sont encouragés par ceux du Vuache, qui les assurent que les secours sont proches, ayant vu les signaux.
Voyant les progrès de la sape, les défenseurs requièrent que l'on en reste là, et que si le lendemain, à la première heure, aucun secours ne leur était arrivé, ils rendraient la place pour autant qu'on leur permette de sortir, vies, armes et bagues sauves...
Mardi 21.
L'espérance des assiégés de voir le comte de Montmayeur sortir du fort de Sonvi pour venir les aider étant restée vaine, ils sortent, entre sept et huit heures, au nombre de vingt-neuf avec trois ou quatre femmes et un prêtre.
Pourtant les secours s'étaient avancés vingt minutes auparavant. Huit cent ou mille hommes-les témoins varient- tant de cheval que de pied, bien armés et conduits par Sonas, sont venus donner dans l'embuscade tendue par notre infanterie. Ebranlés par l'adversaire, nos gens de pied s'éparpillent ; mais l'arrivée de notre cavalerie rameutée ; le tir d'une pièce de campagne- qui d'un coup occis trois ou quatre bien montés- sème l'épouvante dans les rangs de l'ennemi qui doit fuir sous les coups de l'infanterie qui s'est ressaisie.
Pensant que la Cluse tient toujours, l'ennemi se retire à Longeray ; nos troupes prennent les dispositions nécessaires à la reprise des combats.
Un plaisant stratagème a permit au Sieur de Lurbigny de cacher à ceux de la Cluse l'arrivée des secours. Sur le soir, d'Erlach, bailli de Nyon, vient sur le pas de la Cluse et n'en croit pas ses yeux !
La nuit suivante, Montmayeur tente une action contre le fort d'Arve ; mais il était attendu !
Les ennemis continuent à fourrager de tous côtés, emmenant le bétail comme les gens ; ruinant le pays de leur Maître, et y commettant des exactions.
Jeudi 23.
Nouvelles : l'ennemi veut rassembler toutes ses forces et des pièces pour marcher contre la Cluse.
Vendredi 24.
Les nouvelles sont vraies ! Les pièces sont sorties de Sonvi pour aller au Vuache et à Longeray où des plates-formes sont aménagées.
Dès le matin, les tambours et les trompettes ont sonné. Vers onze heures une petite force tant de cheval que de pied s'est acheminée vers la Cluse, accompagnée de quelques Seigneurs du Conseil et le Capitaine Mesnil pour aviser de ce qu'il y a lieu de faire.
Samedi 25.
Deux pièces, nommées les mois, sont mises en batterie volante contre ceux du Vuache, sur un emplacement que l'on entreprend de fortifier. Une plate-forme est construite pour couvrir la Cluse du côté de Longeray.
Des paysans sont envoyés en divers endroits de la montagne pour rendre les chemins impraticables à l'ennemi.
Nos troupes sont logées à la Cluse, une partie de la montagne, le gros à Collonges, une escouade au château de Pierre, et les argoulets à Asserans, Farges et Logras.
Dimanche 26.
Les travaux de fortification continuent et les mines permettant, au besoin, de faire sauter la Cluse sont prêtes.
Jusqu'à la fin du mois, les deux parties échangent des coups de feu pour gêner les travaux de renforcement du terrain. Ceux-ci doivent se dérouler sous le couvert de la nuit.
Les Genevois ont sorti leurs arquebuses à croc.
Mai
Vendredi 1er.
Depuis six heures du matin et jusque vers une heure, les nôtres tirent, avec les doubles mousquets et l'artillerie, pour retarder la batterie de la montagne du Vuache et pour ébranler ceux du haut de ladite montagne.
Samedi 2.
Les deux cavaleries apparaissent de part et d'autres du Rhône.
Les ennemis commencèrent à battre en tenailles avec quatre pièces depuis leur fort du Vuache et de l'autre bout de la montagne, vers Longeray, nommé Le Molar...
Ils tirèrent cent coups et d'avantage desdites quatre pièces, dont il y avait une grosse de côté de Longeray et trois moyennes. Leur batterie donnait droit contre la muraille qui regarde la montagne du Vuache et en démolit une partie...
Comme les ennemis voulaient accommoder leur grosse pièce pour donner plus bas, les nôtres, qui étaient sur la montagne, donnèrent si à propos de quatre doubles mousquets...qu'il mit le reste en déroute en tel désordre qu'ils abandonnèrent leur pièce. Celle-ci se donna branle jusqu'à se renverser, ce qui incommoda merveilleusement l'ennemi...
L'ennemi, pensant que le fort de la Cluse est abandonné, fait avancer ses troupes du côté de Longeray et par le haut de la montagne. Les nôtres repoussent vigoureusement ces attaques.
Le sieur Lurbigny, les Seigneurs du Conseil et les capitaines constatent qu'il est impossible de tenir la Cluse, prise sous le feu croisé des batteries ennemies et que l'on ne peut pas passer le Rhône pour aller attaquer les dites, décident de faire sauter la Cluse.
L'ouvrage saute, il est sévèrement endommagé. Il faudra beaucoup de temps à celui qui voudra le reconstruire.
Dimanche 3.
Au reste, les nôtres furent renforcés de deux cent hommes du pays de Vaud...on envoya aussi aux nôtres un canon nommé la Coquille pour battre le fort du Vuache et en déloger les ennemis.
Lundi 4.
La Coquille a commencé à battre le fort du Vuache ; les ennemis ont tiré aussi contre notre petit fort. Les nôtres tiennent toujours le passage de la montagne.
Du côté de la Cluse, les ennemis charrient leurs pièces sur la montagne du Vuache, pour empêcher la batterie des nôtres et les chasser du dessus du Jura...
Baudichon et ses argoulets, sortis du côté de Bonne, ayant négligés d'envoyer des découvreurs tombent dans une embuscade. Ils s'en sortent avec des pertes.
Mardi 5.
Le temps, qui est à la pluie, fait que les ennemis n'ont guère avancés. Les mousquetades ont continué de part et d'autres ; nos canons molestent ceux du Vuache qui perdent toujours des gens.
Cinq ou six cents hommes, conduits par Chaudet, stipendiés par le Roi (Henri IV) pour quatre mois, arrivent en renfort.
Mercredi 6.
Les ennemis, ayant monté quelques pièces au haut de la montagne, ont tiré quelques coups sur les nôtres...
Vendredi 8.
Ce jour l'ennemi, ménageant ses coups, en a tiré contre la roche de la Cluse dont le coup a fait voler des éclats qui en ont blessé sept des nôtres à la tête des bras. Fréderic Deschamps en a amené le lendemain pour être médicamentés. Les ennemis sont traités de même ; ainsi se consument les uns et les autres.
Samedi 9.
Les ennemis ont, dès le matin, tirés quelques coups contre la Cluse ; ils ont continués notamment sur le soir.
Les nôtres ont répondu à coups de doubles mousquets et non des pièces. Celles-ci sont éventées, notamment la Coquille. On prépare deux des pièces de Savoie pour les y mener.
Un vent impétueux emmène la pluie qui empêche les nôtres de faire une course vers Longeray, tout comme elle les oblige à renoncer à passer le Rhône avec les bateaux amenés nuitamment pour ce faire.
Dimanche 10.
Il pleut continuellement. Le long duel d'artillerie qui oppose ceux de la Cluse à ceux du Vuache va brusquement prendre fin.
Bravant les rafales de pluie, le comte de Montrevel, avec quelques mille quatre cent Espagnols gravit le Jura. Il avait eu connaissance que le capitaine Gaillon qui gardait le passage du Crozet n'y faisait pas bon guet, et ne mettait personne sur la montagne à cause du mauvais temps.
Le capitaine averti, par ses hommes qui étaient de garde devant le village de Crozet, que l'ennemi avait passé le col et qu'il entamait la descente, résolu de se sauver avec ses gens. L'ennemi passe s'en tirer un seul coup d'arquebuse !
La panique gagne les paysans gessiens qui fuient devant les espagnols ; une cinquantaine d'entre eux se noient au passage de l'Allondon grossie par les pluies.
Gaillon arrive à la Cluse, il annonce à Lurbigny que quatre à cinq milles ennemis a forcé le passage. Ces chiffres, grandis par la peur, contraignent Lurbigny à ordonner la retraite.
L'entrée des Espagnols dans le pays de Gex, la reprise de la Cluse sèment l'effroi et la confusion en ville. A tout moment, des paysans fugitifs viennent demander l'asile. Les bruits les plus contradictoires circulent.
Mercredi 13.
Sur les trois heures Bermont a rapporté que le bruit courre que les ennemis passent par delà la Cluse par la montagne.
Les doubles mousquets que les nôtres avaient portés en haut de la montagne furent jetés au bas des rochers où ils ce sont brisés. D'aucun sont d'avis qu'il faut jeter l'artillerie dans le Rhône, mais Rigotti s'y opposa et la ramena.
Le sieur Lurbigny a beaucoup perdu de sa réputation en cette honteuse retraite, et l'orgueil de Genève, qui se glorifiait d'avoir fait plus que deux armées, a été abaissé.
Jeudi 14.
La compagnie de Monsieur Chevallier, et les argoulets de Baudichon sont sortis par Cornavin et sont allés vers Collonges ; les ennemis ne sont comparus, ils se sont barriqués dans la Cluse, où quelques pionniers travaillent pour raccommoder la place.
L'artillerie qui est au Vuache a tiré quelques volées sur les dix à douze heures.
Lundi 18.
Les troupes du pays de Vaud commencent à déloger après dîner ; étant rappelées Par les Seigneurs de Berne, Lesdits sont forts courroucés de ce que leurs gens, qui sont venus par deçà, n'ont rien fait qui vaille, témoin Crozet (la retraite devant Montrevel).
Une extrême désolation s'abat sur les bailliages et les mandements qui entourent Genève. Les soudards espagnols y massacrent, avec une cruauté incroyable, tous les habitants soupçonnés d'être protestants. La ville est surpeuplée par toutes celles et ceux qui fuient les massacreurs. Goulart dit avoir quarante cinq réfugiés en sa demeure de Saint Gervais.
Samedi 23.
Anthoyne Gaillon, capitaine de Crozet, est condamné, par arrêt des Deux Cents à qui il avait demandé grâce, d'avoir la tête tranchée et fut exécuté à Plainpalais.
Vendredi 29.
Sur le soir, parurent en l'air des nuées de couleurs étranges, spécialement sur le pas de la Cluse. Sur les neuf heures du soir l'effet est apparu ; tonnerre et éclairs ont été ouïs et vus tels qu'il n'y en eu de si horrible depuis vingt cinq ans dans le pays. Les nuées crevèrent et depuis le fort de Sonvi jusqu'à Chêne il y eut d'étranges ravines causées par la pluie...
Il tomba de la grêle (grosse) comme des châtaignes et des œufs qui fracassèrent le vignoble aux alentours du pont d'Arve et gâta les blés.
Juin.
Mercredi 3.
Les troupes se sont préparées après dîner pour faire une sortie pour surprendre la garnison du château de Brant, au bailliage de Thonon.
Il faisait clair de lune, mais on les attendait. A leur approche, les ennemis du château leur ont criés forces injures, leur disant qu'ils étaient avertis depuis la veille de leur venue. Nonobstant cela, les nôtres voulant faire quelques efforts ont finalement été contraints de se retirer, ayant perdus deux soldats et ramenés treize ou quatorze blessés. S'ils y eussent traîné une pièce de campagne, l'on tient que le château, qui n'est ni flanqué, ni fossoyé, était à eux.
Cette découverte a produit des murmures contre le Conseil de Guerre, et ce qui tourmente les gens est de connaître s'il y a des traîtres, par lesquels nos entreprises sont découvertes ; qu'aux portes il n'y a ni guet, ni recherche de guerre, tellement que les paysans et les soldats de l'ennemi déguisés en paysans vont et viennent à plaisir.
Jeudi 4.
Il y a eu silence et deuil en la ville pour l'accident de mercredi.
Mercredi 17.
Monsieur de Bèze commence à décliner. Sollicité, tout malade qu'il est, il écrit amplement au roi sur l'état de cette cité.
Durant ce mois, les artilleurs ne sont pas sortis.
Les coureurs de l'ennemi s'enhardissent, ils viennent jusqu'aux portes de la ville ; les troupes de cheval et de pied sortent quasi quotidiennement pour les repousser. Meurtres et pillages continuent tous alentours.
La guerre coûte cher ! Goulart note dans son journal, en date du 22 juin, que l'on prépare les coins et la matière pour battre monnaie de cuivre.
Juillet.
Le mois des moissons.
Lundi 6.
L'ennemi, avec grandes forces à pieds et à cheval s'est avancé et épandu par tout le bailliage de Gex pour faire les moissons. Il a posé ses corps de garde à une lieue (environ 4,4km) de Genève, en divers village et sur les avenues, pour avoir le reste libre, où il moissonne à plaisir.
Mardi 7.
L'ennemi avec plusieurs escadrons de cavalerie et de l'infanterie est venu s'embusquer aux environs de Châtelaine et du Bouchet. Il investi la compagnie du capitaine La Pierre qui était sorti le matin.
Sur ce, pour attirer les nôtres quelques cavaliers se sont approchés fort près, enlevant quelque bétail et charrettes, tuant quelques paysans. L'alarme donnée, les nôtres sortent vers midi, à la débandade comme à l'accoutumée, pour aller aux secours des investis.
La mêlée est rude, furieuse. La cavalerie ennemie charge par deux fois, les nôtres plient, et emportés par les paysans qui s'enfuient, reculent.
Notre cavalerie, après deux coups de pièces, quoique tirés bien tard, arrête l'ennemi. Les nôtres font fermes, rallient les écartés. L'ennemi ayant beaucoup de tués et de blessés, fait halte, puis se retire jusqu'au dessus de Châtelaine.
Nous y avons reçu une très rude et très juste saignée, y ayant perdu plus de cent cinquante hommes tués sur le champ, tant cavaliers, que fantassins et courageux paysans...
On avait mené deux coffres de poudre qui ont été gagnés par l'ennemi avec la charrette et les deux chevaux de l'hôpital.
Mercredi 8.
Ayant retiré la plupart des morts (du champ de bataille), on employa la journée à les enterrer ; une partie à Plainpalais, au nombre de trente environs ; le reste, hors la porte de Cornavin, en deux ou trois fosses.
L'ennemi campe à Cointrin et à Meyrin...
L'ennemi fait courir un bruit de siège furieux et batterie de canon...
On a renforcé la garde à la porte et garni le boulevard de quelques pièces.
Jeudi 9.
Dès le matin, l'ennemi en grand nombre, à pied et à cheval, apparaît près du pont d'Arve pour attirer les nôtres. On le salua de trois coups de pièces, qui le firent reculer bien vite.
Le bruit couru qu'ils étaient délibérés d'attaquer la ville en trois endroits, et même d'amener quelques pièces sur Saint-Jean pour la battre en divers endroits. En l'occasion de quoi, toute la matinée fut employée à traîner des pièces, remplir des tonneaux et gabions...
Mercredi 14.
Comme annoncé, les ennemis paraissent en trois endroits. Ils brûlent les blés et quelques maisons du côté de Lancy, Cointrin. Le Jonc, le Petit -Saconnex, Pregny et Secheron, n'échappent pas aux incendiaires. Mais leur plus grand effort porte sur Cornavin.
...voulant approcher du côté de Varembé, ont les a salué de seize à dix-huit coups qui les ont fait se retirer bien vite...
L'ennemi use de nombreuses astuces pour faire sortir les Genevois. Mais jugeant l'ennemi trop fort, le Conseil de Guerre ne veut pas hasarder ses troupes.
L'on estime qu'il a des intelligences en ville.
...le bruit court qu'ils approchent des pièces du fort d'Arve.
Jeudi 23.
Au sortir du prêche, plusieurs de troupes de cavalerie ennemies paraissent entre Saconnex et Pregny.
On les a saluées de trois coups de canons qui les ont fait se retirer...
Lundi 27.
Ce jour au soir, aux environs de sept heures, les ennemis entendant par leurs espions que les pauvres paysans sortent à la retraite pour cueillir, sont venus en grosse troupe de cavalerie enlever quelques pauvres gens, dont quelques uns se sont échappés la nuit, les autres se sont sauvés le lendemain, quelques uns y sont demeurés.
On les a salués de trois coups de canon, dont l'un en a abattu quelques uns en l'une de leurs troupes, ils se sont retirés.
Durant ce mois, les Genevois observent quotidiennement, depuis leurs remparts, les lueurs des incendies, allumés par les ennemis pour détruire habitations et récoltes par tout le pays.
L'artillerie, vu la pression exercée par l'ennemi, ne sera pas hasardée par les chemins. Placée sur les boulevards, elle tonne souvent pour disperser l'adversaire.
Août.
Mercredi 5.
On a rapporté en ville, que le Sieur Baptiste Varro a été tué au Brassus par les Bourguignons...
...à cause des boulets et munitions de fer que sa forge fournissait à cette cité qui est grandement incommodé par telle perte.
Lundi 17.
...on a fait revenir et réduire les compagnies à soixante ou septante hommes, en ne retenant que les plus propres, tant pour soulager la ville, que pour en dresser quelques unes, comme celle de Vauclair. Il est advenu que plusieurs ont mieux aimé se retirer de tout que s'enrôler sous de nouveaux capitaines...
Vendredi 21 et samedi 22.
Les compagnies ont été retranchées de près de la moitié, dont sont provenus des mécontentements et des murmures.
Dimanche 23.
Après le sermon du soir est entré par Cornavin, Monsieur le baron de Conforgien, de Bourgogne, estimé homme de guerre, suive de huit ou dix chevaux et de quelques argoulets de Nyon.
Une heure après son arrivée, quatre compagnies ont été assignées à se trouver prêtes avec leurs armes devant le logis de leurs capitaines à six heures du soir.
Les compagnies montent à bord de quatre barques qui font voile vers Morges, le but étant d'aller surprendre Evian.
La cavalerie genevoise tente une diversion du côté de Langin. Mais l'ennemi ne sort pas. Averti de l'entreprise, il se renforce en Evian. La surprise ayant échoué, les nôtres, inférieurs en nombre, ne débarque pas.
Septembre.
Le mois est consacré aux vendanges. Elles débutent le 5, du côté d'Asserans.
Les temps sont tellement durs, que les paysans se volent entre eux ; vendangeant les vignes du voisin, comme ils en ont moissonnés les champs.
La maladie fait également des ravages ; les ennemis sont affectés par une épidémie de dysenterie ; en ville ce sont des fièvres continues qui emportent les plus faibles.
Monsieur de Conforgien ne reste pas inactif. Il multiplie les courses et veille à protéger les vendangeurs, comme le 17 courant lorsqu'il défait les troupes du baron d'Hermance lors des « vendanges de Bonne ».
Le baron sort sans les artilleurs.
Octobre.
Dimanche 18.
Les argoulets et quelques hommes d'armes s'acheminent de nuit vers Thonon, emportant deux pétards pour rompre la porte du château de Boufavant. Les pétards n'eurent aucun effet, mais ils effrayèrent les sept ou huit hommes qui étaient dans la place, ce qui donna loisir aux nôtres de brûler la porte...
Les Genevois perdent deux hommes en forçant l'entrée de la place. Boufavant sera pillé et brûlé, comme le sera le château de Bémont quelques jours plus tard.
Jeudi 29.
Sur les six heures du soir toutes les compagnies de pied et de cheval sortirent par la porte Neuve, peu de gens sachant quel chemin l'on prendrait.
Elles tirèrent vers Crusille(Cruseilles), où il y avait trois compagnies de piétons espagnols qui étaient les boutefeux du bailliage de Gex. Si tôt que les nôtres eurent passé le Mont de Sion, les paysans qui les sentirent, commencèrent à son de cloche, de cornets et de bruits à donner l'alarme par tout le pays, ce qui courut jusqu'à Crusille environ une heure après minuit. Les ennemis estimant que ce n'était rien, se remirent en repos.
Deux heures après, ils eurent une autre alarme. Les plus avisés d'entre eux commencèrent à traîner leurs bagages sur la plate forme du château.
Une heure avant le jour nos gens arrivèrent, les prières faites, le Baron fait sonner tous les tambours et trompettes, présenter l'escalade en plusieurs endroits et le pétard à la porte...
Les Genevois investissent le bourg, mettent le feu à une maison pour y voir plus clair ! Quelques espagnols résistent pour permettre au gros de leurs forces de se retirer dans le château et sur sa plate-forme. L'alarme sonne à travers tous les pays !
Dans Crusilles, les ennemis résistent, mieux ils tentent une sortie pour aller surprendre les picoreurs qui commencent à s'égailler.
Sachant sa troupe de volontaires peu exercée, le Baron craint qu'elle ne se débande et que la déroute soit totale. Et comme, en plus, la place ne dispose de suffisamment de vivres pour la nourrir, le Baron fait sonner la retraite.
Les nôtres rentrèrent sur les six heures du soir ; ayant perdu un lieutenant et trois hommes. Deux ayant été blessés à mort par leurs camarades qui les avaient méconnus.
Vendredi 30.
Au soir, les garnisons voisines et éloignées de Crusille y accourent au nombre de cinq ou six compagnies de piétons et quelques gens de cheval. Mais dépités de la retraite des nôtres, elles achevèrent de piller Crusille et mirent le feu en quelques maisons. Le reste de la garnison, qui y était, se retire au fort de Sonvi, d'où le lendemain l'on tire de deux coups de canons pour saluer l'arrivée des dites troupes.
Samedi 31.
...quelques armées, conduits par Pierre Baudichon furent delà le Mont de Sion, d'où ils amenèrent du bétail, ayant (au passage) châtié le premier village qui avait donné l'alarme le nuit précédente (lors de l'entreprise contre Cruseilles).
De l'autre côté, l'on est allé dans Saint Cergues (au pied des Voirons) et fait apporter deux grosses cloches. D'autres picorées se font le reste de ce mois.
Adepte du coup de main rapide et hardi, le Baron refuse de traîner l'artillerie au dehors.
Novembre.
Les fièvres continuent en Ville et environs. Le cimetière de Planpalais est fort bossu !
Du côté de Gex, les pauvres paysans défaillent et meurent tous les jours à tel point que l'ennemi ne les moleste plus. Ils demeurent auprès de leurs masures, voire dans les ruines de leur établissement, vivotant à côté de leur bétail et de quelques graines qu'ils ont recueillis en ville.
On baille chausses et souliers pour la plupart.
Jeudi 12.
Le Baron de Conforgien avec les troupes de pied et de cheval, forcluant (excluant) la suite des goujats et volontaires picoreurs afin de marcher plus vite, a tiré vers Bonne. Il en fait le tour pour voir et considérer la place tout à son aise. Ceux du dedans l'ont salué de mille cinq cent arquebusades et mousquetades et de quelques coups de passe-volant, que les nôtres avaient perdus lors de la prise (de Bonne). Mais nul n'a été offensé.
Mardi 17.
Le Baron avec toutes ses troupes, tant de pieds que de cheval, s'est acheminé par la porte de Rive vers Thonon. Au sortir de la porte s'est commis un grand désordre...
Pour chasser la paresse et le mécontentement du sein des compagnies de la ville, le Baron a décidé de supprimer l'ordre de préséance desdites. Dorénavant, la compagnie qui marchera en tête, sera celle qui aura été la plus habile à se rassembler au complet.
Ainsi, la compagnie de Béral, s'étant trouvée la première au complet, sort en tête. Mais le Lieutenant Gall qui conduisait la compagnie de Grenoble, fait battre le pas redoublé par son tambour pour devancer les hommes de Béral. Le Lieutenant de ces derniers s'oppose à cette démarche, tente d'arrêter la colonne, et fini par planter sa pertuisane dans le ventre d'un soldat de Grenoble. Ce dernier, gravement navré, décèdera quelques jours plus tard.
Les troupes acheminées vers le château de Coudrée, les coureurs attrapèrent une enseigne et un caporal et tuèrent cinq ou six ennemis qui allaient fourrager.
Ceux du château, au nombre de cent à cent vingt, n'avaient plus que cinq chars de vin et peu de vivres céans ; ils étaient sur le point de se retirer aux Allinges dès le lendemain. Mais sentant les nôtres approcher, au lieu de le quitter, ils tinrent bon et pour leur commodité mirent le feu aux granges proches du château, saluant rudement ceux qui s'approchaient de trop près...
Le capitaine La Ramée sera gravement navré lors de ce « salut ». Ayant reçu une balle d'arquebuse dans la jambe, celle-ci se rompt alors qu'il tente de se relever. Finalement il faudra l'amputer en décembre.
Ce sera la seule perte subie lors de cette sortie.
Au reste, faute d'avoir emmené du canon pour étonner les ennemis, qui branlaient au commencement, l'on a rien fait. Car étant en une place forte et ne se sentant salués que de pièces légères depuis les barques, ils refusèrent de se rendre.
Les Genevois rentrèrent à vide le lendemain. En ville l'on compara ce revers à la première sortie contre le château de Bâtie qui, en janvier, échoua faute d'artillerie.
Lundi 23.
Ceux du château de Coudrée se sont renforcés, et dans les garnisons voisines il n'y a pas moins de deux mille cinq cents hommes qui fourrent le bailliage de Thonon, Chablais et Faucigny, le Genevois, Ternier et le Vuache et d'étranges façons jusqu'à Annecy.
Mardi 24.
...le nombre des mendiants et mourants de disette s'accroissent à vue d'œil. Le blé renchérit de jour en jour, le vin et les autres denrées aussi et il n'y a point d'argent dans les coffres du public (les caisses de l'Etat), peu chez les particuliers. Et pour comble ; Quitry et les Albanois viennent s'y joindre avec les autres mangeurs, ribleurs (ribauds) et picoreurs qui s'y trouvent déjà.
Qui plus est, ceux qui devraient voir et empêcher ces choses ne les voient pas, ou l'on dissimule trop dangereusement...
Goulart s'en prend, à mots couverts, au gouvernement.
Dimanche 29.
Toutes les compagnies de pied et de cheval se sont acheminées près de Chaumont, au village de Thioles où se fait la munition pour le fort de Sonvi. Elles ont gâté fours et moulins et dissipés une partie des munitions, mis le reste à mal et brûlé le village ainsi que celui de Frangy.
Elles ce sont retirées en bon ordre, et comme à l'allant, ceux de Sonvi les ont salués de quatre canonnades.
Décembre.
Au début du mois, les Genevois harcèlent l'ennemi, chaque jour les troupes font entrer du bétail en ville.
Toutefois la pauvreté ne cesse de croître en ville, elle pose problème comme le relève Goulart :
Samedi 5.
La pauvreté du public croît et on est d'avis de demander des subventions et aides aux villes de Zurich, Saint-Gall, Schaffhouse et autres. Les nécessités des particuliers commencent aussi à se découvrir en diverses sortes...
...la moitié de la ville trébuche par banqueroute et procès pour dettes.
Si la guerre continue Genève fond, et qui pis est, les maux augmentent.
Mercredi 9.
Quelques larrons sont entrés par effraction chez le Maître de la monnaie et se sont emparés de la montre en fer et de quelques joyaux en or et en argent valant cent vingt écus. La cassette a été retrouvée ce jour dans le Rhône...
Jeudi 10.
Dès les trois heures du matin, les trompettes et tambours ont sonné par toutes les places. Sur les six heures, quatre compagnies de pieds et celle de cheval sont sortis par la porte Neuve et allèrent investir le fort de Sonvi pour voir la contenance de ceux de dedans qui, se tenant clos, saluèrent les nôtres de dix coups de canons, et au retour, sur le soir, de six autres coups, sans endommager ni homme, ni cheval.
On brûla, à leur barbe, tout le fourrage qui était dans les granges de la Perrière ainsi qu'un moulin et l'on ruina quelques fours pour les incommoder de plus en plus.
Il meurt force gens çà et là par la ville. Les pauvres y croissent ; on les chausse et vêt, mais pour autant la mendicité ne cesse pas.
Mercredi 16.
La journée se passa en quelques revues. Célérier et Vauclair dressent des compagnies et l'on renforce les autres, qui auparavant n'était que de cent hommes ; on les redouble tellement que les moindre sont de cent hommes. Des gens de pied et de cheval, arrivent à la file, ils sont soudoyés par le Sieur de Sancy qui approche.
Vendredi 18.
Ce jour et les suivants le froid extrême et la neige ont retenu les troupes. Elles se renforcent et accroissent par l'arrivée de quelques piétons qui se glissent chaque jour en ville.
Nonobstant la rigueur du froid, quelques cavaliers et fantassins, par deux nuits diverses, sont allés harasser ceux du fort de Sonvi...
...les plus échauffés avaient biens de la peine à se défendre du froid jusqu'au vif, qui pressait extrêmement ceux du fort. Les soldats se sauvent comme ils peuvent, n'étant ni nourris, ni chauffés, ni couchés comme il faut.
Le commandant du fort fera ceindre la place d'une haute palissade pour empêcher les désertions.
Ceux de Coudrée se doutant qu'on irait les canonner font démanteler le château pour se retirer aux Allinges et pour partir à Bonne ou Evian...
Mardi 22.
Toutes les compagnies des gens de pied, excepté celles qui sont de garde, et toutes les compagnies de cheval, sont sorties vers midi pour aller au devant de Nicolas de Harlay, Sieur de Sancy. Lequel est arrivé vers trois heures de l'après-midi avec son train...
...le Sieur de Sancy a été salué par trois pièces ; il doit être suivi de quelques forces de pied et de cheval venant de Florence, de France et du pays des lansquenets.
Un soldat a été tué, lors de la salve faite au Sieur de Sancy, d'une arquebusade chargée de bourre sans balle.
Grand nombre de gens meurent en ville et le froid a tué quelques pauvres, lesquels ont à peine à pouvoir vu leur grand nombre.
Dimanche 27.
Jour de la Sainte Cène : en grand silence l'on a amplement parlé de l'affaire des pauvres pour empêcher ou soulager la mendicité qui est extrême.
Les jours suivants le Conseil de guerre fait accommoder quelques pièces d'artilleries ; apprêter des boulets, échelles, cordages, pieux, hottes et gabions ; fait lever quelques pionniers et fournie la paix aux Compagnies. Il répand également divers bruits quant aux prochaines sorties.
Lundi 28.
Le Soleil et deux des pièces de Versoix sont tirés dehors (sorties de l'arsenal).
Jeudi 31.
Dernier jour de l'An. Toutes les troupes sont sorties, assavoir les gens de pied entre six et sept heures, suivis de la cavalerie trois ou quatre heures plus tard. Prenant la route de Faucigny, les uns deçà, les autres délais de l'Arve, avec les trois pièces susmentionnées, leur équipage et force bagage. On estime cette petite armée être de deux milles hommes environ. Il n'est resté que la compagnie de La Pierre, qui garde le pont d'Arve.
Ainsi se termine l'année 1590. Malgré les problèmes de tous genres qui les accablent, les Genevois relèvent la crête et repartent en guerre.