Fouille Archéologique

EVOLUTION AU TRAVERS DES SIECLES DU BATIMENT
HOTEL DE VILLE/ CAFE PAPON
RETRANSCRIT PAR LES ARCHEOLOGUES CANTONNAUX DE GENEVE
DETAILS CHRONOLOGIQUES

(Nous tenons à remercier Mr Bonnet Charles, Mr Peillex Alain, Mr Deuber Gérard, Mme Berti Marion, Mme Plan Isabelle, Mr Terrier Jean, Mr Haldimann Marc-Andréet Mme Brunier Isabelle du département archéologique de Genève, qui ont savamment et patiemment répondus à nos questions et gentiment mis à notre disposition les documents que nous pouvons aujourd'hui vous faire découvrir)

Des travaux d'étude et de relevés architecturaux ont été accomplis dans les années 1972-1980 à l'intérieur du bâtiment de l'hôtel de ville et du Café Papon. De longues analyses ont été effectuées sur place par M.J.BUJARD c'est ainsi qu'il est parvenu à préciser leurs connaissances sur leurs origines. Nous présentons ici un résumé de ses observations.
C'est en 1405 qu'une première maison et un chosal sont achetés. D'autres acquisitions suivront et, dès le milieu du XVème siècle, une Maison de ville sera établie. Celle-ci était constituée d'un corps de logis donnant sur l'actuelle rue de l'Hôtel de Ville et était limitée au sud par une cour s'étendant jusqu'à l'enceinte fortifiée. A l'ouest de cette cour étroite et allongée, une maison proche du rempart abritait le four communal, alors qu'à l'étage se trouvait la salle du Conseil.
Des pans de murs plus anciens conservés sur deux étages ont été mis au jour après décrépissage. La façade de l'habitation était située à environ 8m en retrait de l'actuel alignement sur la rue Henri-Fazy. Le caractère des maçonneries nous permet de placer cette construction au XIIIème siècle. Elle fournit une première idée du parcellaire pour le début du Moyen Age. Nous avons déjà signalé qu'à la base de ces maçonneries était aménagée, sans doute au XIVème siècle, une fosse pour les eaux usées. Une bourse retrouvée dans cette fosse contenait des gros de Charles Ier (1482-1490) et de Philibert II (1497-1504) de Savoie.
En 1473, la salle du Conseil est agrandie, mais le viret sur rue qui donnait accès à l'appartement du fournier au premier étage est maintenu. En construisant de grands arcs de briques dans le prolongement des façades, on installe un vaste local au deuxième étage, l'actuelle salle des Pas-Perdus. Des fenêtres à meneaux et à croisées sont ouvertes au travers du mur occidental. De la porte de ville, on longeait le rempart pour rejoindre la tour Baudet en utilisant un passage couvert où se trouvaient le four à pain et, sur un plancher intermédiaire, la réserve de bois.
De nombreuses transformations interviennent au XVIème siècle. En 1555, la tour carrée de la rampe est édifiée au milieu de l'Hôtel de Ville qui change ainsi complètement d'aspect. En 1557, la porte Baudet est murée et la façade déplacée au détriment de la rue de manière à augmenter la surface disponible. Le mauvais état du bâtiment au début du XVIIème siècle conduit la Seigneurie à faire exécuter des travaux de 1617 à 1620 ; les façades sont à nouveau modifiées et les salles dotées de plafonds à la française. Un siècle plus tard, l'atelier monétaire de la République vient occuper le rez de chaussée. En 1780, des voûtes sont encore établies au 1er étage ainsi que dans la salle du rez de chaussée où, peu après, s'installera le Café Papon.
Une fois encore, nous pouvons constater la richesse de l'information fournie par l'analyse architecturale d'un noyau médiéval dans le centre de la ville. Les restaurations, qui débuteront en 1982 sous la responsabilité de l'architecte D.Egger, en seront certainement facilitées.
Les fouilles et l'analyse des murs entrepris à l'étage inférieur de la Tour Baudet se sont poursuivies dans l'Hôtel de Ville. Le chantier était placé sous la responsabilité de MM.J Bujard et D Burnand.
Les couches et les structures d'époque romaine ont presque entièrement disparu sous la salle Papon et dans l'Ancienne Monnaie. Lors de l'établissement des édifices médiévaux, on a abaissé le niveau du sol et les vestiges archéologiques sont beaucoup moins bien conservés qu'aux alentours. Pourtant, des trous de poteaux et ce que l'on pourrait considérés comme des greniers enterrés sont apparus dans le sol de gravier de la moraine glaciaire. Il s'agit des traces de l'occupation du Ier siècle avant J.C et de la première moitié du Ier siècle après J.C, puisque de nombreux tessons de la Tène III, de la période augustéenne et du règne de Tibère y ont été récoltés. Trois larges fosses s'enfonçaient à environ deux mètres sous les niveaux d'occupation, elles étaient comblés par des déblais contenant une forte proportion de terre argileuse, peut être utilisé comme revêtement des parois. Signalons encore dans le remplissage, des ossements d'animaux, de la cendre et du charbon de bois. Deux fosses ont été fouillées, on pourra dégager la troisième à l'occasion de futures restaurations. L'analyse des maçonneries dans les différentes salles étudiées a montré que la rue Henri-Fazy s'est déplacée et que l'ancienne façade, avec ses ouvertures gothiques, est préservée aujourd'hui encore à l'intérieur de l'Hôtel de Ville. Le tracé de la rue médiévale prolonge celui de la rue du Puits-Saint-Pierre et correspond donc au parcellaire orthogonal, directement influencé par l'organisation de la ville du Bas-Empire.
La porte Baudet, aménagée en 1420, a une largeur de 3,45m et une hauteur de 4m. Elle donnait sur une voie pavée dont quelques pierres de rivière se trouvaient encore en place. Ainsi, l'une des portes médiévales de Genève avec son bel appareil de molasse pourra être remise en valeur, comme la façade appartenant à la maison de ville du XVème siècle. Cette façade comporte une grande ouverture à croisée sous laquelle on a placé une fenêtre plus petite avec un meneau vertical. Un simple cavet décore les éléments de molasse préservés sous les maçonneries postérieures. A la même époque, on a construit un grand arc de brique qui, au rez-de-chaussée, permettait de passer le long du mur fortifié ; cet accès était aussi utilisé pour rejoindre la Tour Baudet. Un large contrefort épaule aujourd'hui encore l'ancienne façade, il était à l'origine placé dans la rue.
C'est en 1557 déjà que la porte Baudet est rebâti à l'emplacement de l'actuel portique(1788). Il est alors possible d'agrandir le bâtiment de la maison de ville en utilisant l'étroite bande de terrain sur laquelle passait la rue pavée. Une partie de ces nouveaux locaux aménagés en 1617 seront mis à disposition pour battre monnaie (dès 1718). Signalons que l'évolution architecturale des derniers siècles d'occupation est particulièrement compliquée ; la salle Papon avec ses voûtes est établie en 1780, comme l'ancienne grande salle des Archives. Le rez-de-chaussée se transforme en un café, qui sera occupé jusqu'au 1822. Plusieurs états du décor peint des salles voûtées ont été étudiés par l'atelier Crephart, on remarque des surfaces de faux marbre de belle qualité.
Un bloc de remploi portait encore un fragment des armoiries de Genève peintes en couleur vives. On doit supposer qu'il s'agit d'un élément du décor de la façade du XVème siècle ou du début du XVIème siècle. Plusieurs écoulements d'eaux usées sont apparus en sous-sol et dans l'épaisseur des murs. Un large tuyau en céramique et en plomb est préservé dans l'une des salles annexes de l'Ancienne Monnaie. Une fosse maçonnée, contemporaine de la façade médiévale, a fourni un abondant mobilier : des récipients en céramique vernissée ont pu être partiellement reconstitués, on peut également ajouter le contenu d'une bourse dont les monnaies très corrodés sont en cours de restauration.

Informations transmises par Mr Charles BONNET

• CHRONIQUE DES DECOUVERTES ARCHEOLOGIQUES DANS LE CANTON DE GENEVE EN 1978 ET 1979
Extrait de Genava, n. s. tome XXVIII, 1980
(Marc R. Sauter et Charles Bonnet)
• CHRONIQUE DES DECOUVERTES ARCHEOLOGIQUES DANS LE CANTON DE GENEVE EN 1980 ET 1981
Extrait de Geneva, n. s. tome XXX, 1982
(Charles Bonnet)

LEGENDE ET PRESENTATION DES PLANS

Le relevé archéologique correspond à la « radiographie d'un objet » qui dénote tous les composants structurels formels et matériels qui le constituent.
Tenir en une seule représentation l'ensemble de ces informations, d'une grande précision est un véritable exploit.
La lecture de ces documents est rendue difficile par la superposition et la densité des données récoltées, qu'il faudra décomposer puis recomposer pour les comprendre.
La richesse de ces données traitées à l'aide des techniques sophistiquées de l'informatique peut conduire à une représentation en trois dimensions sélectives et reconstitutives, de lecture plus usuelle.
Les images qui suivent illustrent avec pertinence ces quelques observations introductives :

  • plan de la « grande grotte » de la Tour Baudet.
  • coupe longitudinale de l'infrastructure de la Tour
  • coupe transversale fournit le détail de la structure des murs de l'enceinte ou des ouvertures
  • coupe transversale de la Salle Papon
  • coupe nord- sud de la porte Baudet

I/ Tour Baudet « Grande Grotte »
Les plans superposés à l’échelle d’environ 1cm par mètre représentent

  • en fond : les vestiges de la construction primitive sans rapport avec la tour, composés de murs en boulets d’un mur en pierre appareillé et de la silhouette d’un escalier balancé  sans doute récent.
  • En superposition, le plan de la tour figurant les murs composites de grande épaisseur (environ 2m), percés d’ouvertures droites de passage d’ouverture à embrasures convergentes pour l’éclairage ou en meurtrière de défense.
  • Le tracé des deux voûtes en croisée d’ogives renseigne sur le type de couvrement.

II/la coupe longitudinale

De l’infrastructure de la tour précise la nature de la construction antérieure ; le type de plancher à voutains.

III/ La coupe transversale de la Tour

Donne le détail de l’appareil des ouvertures et renseigne sur le type de couvrement de ces ouvertures.

  • la structure du mur d’enceinte qui est exécutée en blocage de caillou chaîné horizontalement par des assises composées de plus gros cailloux, plusieurs fois sur la hauteur du mur.
  • La liaison en harpe de la pierre de toile avec le mur « tout venant »
  • le remplissage du mur au mortier, au droit de l’ancien plancher
  • les fissures verticales de discontinuité du mur et ou de tassement.
  • L’appareillage très soigné de l’arc doubleau de la voûte en croisée d’ogives

Sont figurés avec toute la précision nécessaire à la compréhension technique de l’ouvrage.
On constate une fois encore la richesse mais aussi la complexité de ce type d’appréhension.

IV/ la coupe transversale (est- ouest) de la Salle Papon représente

  • le profil des voûtes d’arêtes surboisées
  • le détail du mur nord où est représentées la succession des interventions et modifications dans le temps, pour faire face aux changements d’affectations de ces lieux.
  • La disparité de cette structure, son hétérogénéité laisse apparaître (par le diagnostic) des dé…..rations significatives. Les fissures, les réparations approximatives, la disparité des matériaux, les sources de perturbations aggravées.

V/ la coupe Nord-Sud (non localisée avec précision) de reconstitutions de la Porte Baudet

Elle présente toute une série de constructions imbriquées : en alternance de maçonnerie de pierre de blocage, de briques pleines de terre cuite révélant les époques de transformations multiples exemple typique de « radiographie » de l’objet par superposition (réel ou virtuel).

Pour conclure :
Nous regrettons de ne pas avoir pu présenter un commentaire de ces images autrement que par l’évocation succincte d’un « code de lecture » architectonique et technique de base. Faute de quoi toute compréhension utile de ces documents devient illusoire et par conséquent sans grand intérêt.

Pierre Merminod
Arch- prof
Genève le 13 février 2008